| Note Prod |
DOUG JONES / LA GUEULE
Que saviez-vous de Gainsbourg avant le tournage ?
J’étais un adolescent dans les années 70, le nom de Serge Gainsbourg m’était donc vaguement familier quand on m’a parlé du fi lm la première fois. Aux États- Unis, Gainsbourg était connu mais pas aussi populaire qu’en Europe. Un animateur de radio qui m’interviewait m’a dit que je devais absolument regarder sur YouTube une émission que Gainsbourg avait faite avec Whitney Houston. Donc la première fois que j’ai vu Gainsbourg, il était en train
de dire une horreur à une célèbre chanteuse. Une partie de moi a été choquée, l’autre partie a eu envie de savoir ce qui, dans sa vie, l’avait amené à se conduire ainsi dans un talk-show des années 80.
Même ivre, il était éloquent. Je l’ai trouvé captivant. Ensuite, en visionnant des documentaires, j’ai découvert un Gainsbourg jeune, calme et cool. Il y avait sans doute des hommes plus séduisants que lui, mais il dégageait une telle confi ance en lui, il avait un tel génie poétique et musical, que j’ai compris pourquoi les plus belles femmes du monde l’avaient aimé
Quelle a été votre première approche de la créature ?
Quand je suis arrivé à Paris pour rencontrer Joann Sfar et faire un test avec le costume et le masque de la créature, le chauffeur qui m’attendait à l’aéroport m’a remis une note de Joann accompagnant une bande dessinée sur la créature, ainsi que quatre DVD. Dans sa lettre, Joann me suggérait de regarder les documentaires sur Serge Gainsbourg pour étudier sa gestuelle, ses tics, sa démarche, son maintien, son style général. Il voulait que j’en fasse
une version exagérée qui refléterait cet aspect de la personnalité de Gainsbourg qui a motivé les choix qu’il a faits dans sa vie.
Quand j’ai rencontré Joann, il m’a montré les story-boards qu’il avait dessinés pour les scènes du film. J’ai immédiatement aimé le sens visuel et le style artistique qui se dégageaient de ses bandes dessinées. L’alter ego qu’il avait imaginé à Gainsbourg, qu’on surnommait La Gueule, était totalement cartoonesque. En exagérant sa tête et ses mains, il donnait tout son sens à ce côté plus grand que la vie qu’avait Gainsbourg de son vivant. C’était une fantastique base de travail pour moi.
Quelle explication avez-vous donnée à l’existence de la créature ?
Pour moi, avec Gainsbourg ils formaient une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Mais ce qui m’a aidé le plus était de voir la créature comme une extension de la personnalité de Gainsbourg, cette personnalité que nous avons tous et qui nous pousse parfois à des extrémités. Elle
représentait l’extrême créativité de Gainsbourg, son sens extrême des affaires, ses colères extrêmes, ses fantaisies d’enfant.
J’ai joué toutes ces facettes qui ont rendu Gainsbourg célèbre tout en corrompant son sens moral. Nous tentons tous de combattre ces facettes que nous avons en nous et c’est comme ça que nous l’avons joué avec Éric. J’étais sa muse mais aussi tout ce qu’il détestait de lui-même. Nous avions la même relation amour-haine que chacun de nous a vis-à-vis de soi-même.
Comment vous êtes-vous accoutumé à la panoplie de La Gueule ?
Après le test à Paris, je suis rentré à Los Angeles pour étudier les documentaires et m’entraîner à jouer avec une version allégée du masque de La Gueule. Je devais m’habituer à porter cette tête, avec ce grand nez et ces grandes oreilles, et apprendre à exprimer des émotions sans trop
lever la tête de façon à ne pas montrer les narines, tout en tenant compte des angles qui avaient le mieux fonctionné pendant les tests. Deux semaines avant le tournage, je suis retourné à Paris pour m’entraîner à jouer de la musique avec des extensions aux doigts. Jouer du piano ou de la guitare avec ces doigts d’une longueur incroyable était vraiment compliqué, heureusement j’avais d’excellents musiciens à mes côtés pour reprendre mes erreurs de
timing ou de position. Par chance, j’avais appris le piano dans mon enfance et j’ai été chanteur pendant un temps, j’avais au moins le sens du rythme. J’ai aussi passé mon temps libre à me promener dans les environs de mon hôtel avec les immenses chaussures à bout pointu de La Gueule pour aboutir à une démarche assurée et gracieuse.
Comment avez-vous géré les mécanismes internes ?
La seule partie motorisée du costume était dans les yeux. Ils devaient bouger, ciller, être lumineux et exprimer toute une palette de sentiments via les sourcils et les paupières. C’est l’équipe de DDT qui manipulait la télécommande du mécanisme, hors champ. Nous avons fait des répétitions pour caler mes dialogues avec les expressions des yeux.
Vous avez donc appris le français ?
Oui ! Il fallait que je donne la réplique à Éric Elmosnino. Je ne connaissais pas un mot de français et j’étais terrifié. Je savais que mon accent anglais ne sonnerait jamais assez français, mais il fallait que ce soit suffisamment bien articulé pour qu’au doublage il n’y ait pas de problème avec la synchronisation des lèvres. On m’a donné Anne-Sophie Gledhill comme coach, la traduction de mes dialogues en anglais pour que j’en comprenne le sens et j’ai écrit mes répliques en phonétique. Ensuite, nous avons répété chaque scène avec Anne-Sophie jusqu’à ce que je parvienne à prononcer les phrases correctement.
Le plus grand compliment, c’est Joann qui me l’a fait : il m’a dit qu’il allait garder le style de mon phrasé au doublage parce qu’il donnait à La Gueule un ton unique qu’il recherchait.
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| Résumé |
C'est l'histoire, drôle et fantastique, de Serge Gainsbourg et de sa fameuse gueule, un petit garçon juif qui fanfaronne dans Paris occupé par les Allemands, un jeune poète timide qui éblouira les cabarets transformistes des sixties, la vie héroïque d'un citoyen fidèle et insoumis qui fera vibrer la terre entière. |