| Notre avis |
A Serious Man
L'histoire ? Les déboires qui s'accumulent sur les épaules de ce pauvre Larry Gopnik (Michael Stuhlbarg), petit professeur dans une université de banlieue qui, d'un coup, se retrouve bombardé de problèmes de travail, de couple, de famille, de voisinage - et on en passe. La solution ? Aller demander conseil au rabbin. Enfin, peut-être.
*Notre point de vue.
A la fois totalement familier et parfaitement atypique : voilà bien l'impression que donne le nouveau film des frères Coen. Ces derniers avouent s'être inspiré de leur enfance au sein d'une famille juive assez pratiquante pour retranscrire la tonalité morne d'une banlieue américaine de la fin des années 60, dans laquelle les ados préfèrent écouter Jefferson Airplane que d'étudier la Torah, et où tous les problèmes ne semblent pouvoir être résolus que d'une seule manière : en allant rendre visite au rabbin ! Parenthèse historique qui n'a rien à voir avec le reste du film, le prologue, un petit bijou de drôlerie, mais dont le sens restera toujours assez mystérieux, donne le ton : ici, on est dans la quintessence de l'humour juif, moins Marx Brothers que Woody Allen. Sauf que l'aspect absurde est vraiment très noir, très grinçant, plus corrosif et décidément moins romantique que chez l'auteur d'"Annie Hall", faisant plutôt du héros, Larry Gopnik, un lointain cousin de Barton Fink (tous les deux sont englués dans leurs difficultés, leur incapacité à communiquer avec ceux qui les entourent et leurs cauchemars).
Coen oblige, l'humour irrésistible qui se dégage des dialogues est relayé par un vrai sens de la satire visuelle. Un acharnement, même. De l'inénarrable Big Lebowski aux drôles de bouseux de "Fargo", et bien sûr au Brad Pitt peroxydé de "Burn After Reading", les deux frères nous ont habitué aux trognes, aux dégaines hallucinantes et aux personnages ultra-typés. Ici, ils y vont encore plus à fond. Les seconds rôles sont tous ahurissants, notamment celui qui entrera dans les mémoires : l'amant, un type laid, obèse et mielleux, donneur de leçons sans avoir l'air d'y toucher. Le héros aussi est ridiculisé à plaisir (mais sans cynisme : le film ne tombe jamais dans la caricature et reste attachant de bout en bout), que ce soit à travers les costumes (ses pantalons feu de plancher lui donnent une allure chétive) ou les cadrages (il faut voir ce professeur passionné écrire tout en bas de son tableau noir, son derrière touchant presque la caméra).
Joué de manière époustouflante par Michael Stuhlbarg, venu du théâtre new-yorkais, ce héros cherche, 1, à résoudre ses mille et un soucis, 2, à trouver le sens de la vie. Le message consiste sûrement à ne pas le chercher, ce sens de la vie (en tout cas, il est clair que les rabbins du film, avec leurs métaphores de pacotille et leur manière de brasser du vide en y mettant les formes, ne peuvent aider à le trouver). Difficile à dire, car le récit peut parfois être, à l'image du prologue sus-cité, déroutant, opaque et impénétrable, surtout pour ceux qui sont à plusieurs reprises, durant le film, taxés de goys, et passent sûrement à côté de certaines références. Mais qu'importe : pas du tout communautariste, la comédie est, avant tout, brillante, jubilatoire et hilarante.
Laure Gontier
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