| Notre avis |
Gainsbourg (vie héroïque)
L'histoire ? La vie de Lucien Ginsburg, alias Serge Gainsbourg : de l'enfance, marquée par la guerre, le port de l'étoile jaune, jusqu'au succès, de "La Javanaise" à "La Marseillaise", et aux amours fameuses avec Bardot, Birkin et Bambou. Avec à chaque instant la présence d'un double charismatique, qui pousse sans cesse le musicien à être plus singulier, plus audacieux, plus provoc'.
*Notre point de vue.
Quand le bédéiste star du "Chat du rabbin" transpose à l'écran la vie de Serge Gainsbourg, après que les fantômes de Piaf ou de Coluche aient traversé récemment le cinéma français : évidemment, le projet est un événement. Ce qui réjouit d'emblée, c'est que derrière la caméra, Joann Sfar n'a pas choisi la facilité, ni la piste du biopic classique. Le générique prévient qu'il s'agit d'un "conte", autrement dit, qu'il n'est pas question de décrire la vie de l'artiste de manière réaliste, mais au contraire, d'y chercher la part de rêve et de fantasme. Et de retranscrire, de manière forcément subjective, personnelle, un duo-duel célèbre : celui entre Gainsbourg et son double, Gainsbarre.
Dès l'enfance, on voit le petit Lucien Ginsburg suivi par une drôle de créature rondouillarde, dont la présence lui permet de s'évader mentalement des horreurs de la guerre. Plus tard, la créature deviendra une sorte d'oiseau de nuit longiligne qui le poussera à sortir de lui-même, à chasser ce fond de timidité pour devenir ce musicien bigger than life, dandy mal rasé, sexuel, scandaleux, bientôt mythique. L'homme et son double finiront par se confondre, à l'issue d'une vie marquée par les excès en tout genres.
De la réalité au fantasme, de Gainsbourg à Gainsbarre : c'est précisément cela que raconte cette "Vie héroïque". La transformation de l'enfant de la guerre en peintre raté (selon lui), puis en musicien de génie, et enfin, en véritable mythe, s'effectue au travers d'un tas de mini-séquences, souvent fantasmagoriques, folles ou absurdes, composées comme autant de films dans le film : on songe au drôle de ballet des Frères Jacques lors d'une séquence de petit-déjeuner (sur l'air du "Poinçonneur des Lilas"), à l'arrivée tonitruante d'une Brigitte Bardot cheveux au vent et cuissardes noires (sur l'air d'"Initials B.B."), en passant par des séquences pop avec France Gall, vénéneuses avec Juliette Gréco ou sensuelles avec Jane Birkin.
Ce talent pour les vignettes, ce goût des ambiances, cette propension à l'évasion : Joann Sfar surprend en transposant au cinéma les qualités de ses bandes-dessinées. Tout juste regrette-t-on une petite difficulté à conclure : le spectateur quitte la salle sur des points de suspension. Mais en restant bluffé par la composition fiévreuse d'Eric Elmosnino, un éternel et brillant second rôle, qui explose ici en Gainsbourg, ainsi que par les apparitions d'une sublime Laetitia Casta en Bardot, d'une émouvante Lucy Gordon en Jane Birkin ou d'un drôle de Philippe Katerine en Boris Vian.
Laure Gontier
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